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Pédagogie

Livret pédagogique

Mon baptême de cinéma

Ce dossier pédagogique propose aux enseignants de la maternelle des pistes d’activités à développer en classe. Il constitue un complément au film, pour accompagner les enfants lors de leur première séance de cinéma.

Serge Tisseron

Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie et psychanalyste, chercheur associé HDR (Habilitation à diriger les recvherches) à l’Université Paris VII. Il a publié sa thèse de médecine sous la forme d’une bande dessinée (1975), puis découvert le secret de la famille de Hergé uniquement à partir de la lecture des albums de Tintin (1983). Il est l’auteur d’une trentaine d’essais personnels. Il a lancé en 2007 les repères « 3-6-9-12 pour apprivoiser les écrans », puis le Jeu des Trois Figures pour développer l’empathie et lutter contre la violence dès l’école maternelle. Il a créé en 2012 le site « memoiredescatastrophes.org, la mémoire de chacun au service de la résilience de tous ». Il est coauteur de l’avis de l’Académie des sciences « L’enfant et les écrans ». Il fait aussi de la photographie et du dessin.)

www.sergetisseron.com

Un nouveau rituel initiatique

La première séance de cinéma est pour le tout petit un peu comme la première expérience de plongée sous-marine pour les plus grands. L’immersion dans un espace nouveau, coloré, imprévisible, où les repères habituels n’existent plus. Ce n’est plus la voix familière d’un parent qui lui raconte l’histoire ; et les images ne lui arrivent plus dans l’espace familier du salon. Rien d’étonnant donc à ce qu’il ait besoin de temps pour apprivoiser cet univers inconnu. Mais l’expérience est inoubliable !

Pourquoi ne deviendrait-elle pas l’occasion d’un nouveau rituel initiatique ? Alors que notre société en manque, les images, elles, sont omniprésentes.

Pourquoi ne pas profiter de cette expérience pour initier les enfants au monde des images, des histoires qu’on regarde, qu’on écoute, tous ensemble, comme réunis par un fil invisible ?

L’enfant rapporterait son « baptême de cinéma » à sa famille, preuve de sa première séance de cinéma.

Des histoires courtes

Avant quatre ans, l’enfant éprouve des difficultés à suivre la logique d’une action au-delà de plusieurs minutes. Un programme constitué d’une succession de petites histoires courtes favorise sa concentration.

Une voix off qui commente l’histoire et guide la compréhension de l’enfant contribue à le mettre en confiance. Accompagné dans son écoute, il retrouve ainsi l’atmosphère des histoires racontées par un adulte.

Des histoires accompagnées

L’adulte peut contribuer à guider l’enfant, moins pour parler du film que pour ouvrir le rideau du théâtre, l’équivalent de la formule : « Il était une fois ». Il peut annoncer par exemple : « Vous allez voir des images. Elles racontent l'histoire d'animaux qui ont décidé de jouer ensemble. L’histoire s’appelle : Qui est en colère ? Vous allez voir ce qui leur arrive. Parfois vous aurez peut-être peur, mais vous verrez, tout se finira bien. Et puis après, comme nous l'aurons vu tous ensemble, nous pourrons en parler. »

Parce que le cinéma, ce sont des histoires qu’on regarde et qu'on écoute, tous ensemble, pour en parler.

Des histoires qui pourraient arriver à l'enfant

Ce programme met en scène des situations susceptibles d’arriver à l’enfant. Il n’y est question que d’entraide et d’empathie. Par exemple, dans Qui saigne ? le lapin fait mal au chat sans le vouloir. Les autres animaux le consolent et le soignent ; il retrouve sa place dans le groupe. Cette situation a pu être vécue par l’enfant, en tous cas il peut facilement imaginer la vivre. Elle lui est présentée de façon à faciliter l’identification à chacun des protagonistes : l'enfant blessé et qui pleure, celui qui le console, celui qui le soigne.

Ce programme propose à l’enfant une situation très différente de celle de la télévision. Les situations qu’il voit lui sont le plus souvent incompréhensibles. Il essaie alors de se construire des repères – l’esprit humain est programmé pour cela – en s’identifiant au personnage qui, a priori, lui ressemble le plus. Le risque est qu’il s’identifie à plusieurs rôles : celui qui mène ou bien celui qui est mené, celui qui frappe ou bien celui qui est frappé, etc. Cette identification exclusive réduit l'éventail possible des réactions de l'enfant *.

* C’est pour lutter contre ce danger que j’ai conçu l’activité appelée Jeu des Trois Figures (par allusion aux trois personnages de l’agresseur, de la victime et du tiers, qui peut être témoin, sauveteur ou redresseur de torts) à destination notamment des enseignants des Maternelles. Cette activité augmente l’empathie qui joue un rôle essentiel dans la prévention des attitudes violentes.
Voir Tisseron Serge, Le Jeu des Trois Figures en classes maternelles, Paris, Fabert, 2011 (téléchargeable sur www.yapaka.be).

Après le film : parler des émotions

L’enfant comme l'adulte comprend que les images sont des images, et que « ce n'est pas vrai ». Mais il est aussi différent de l'adulte : il n'a pas encore appris à contenir ses émotions. C'est pourquoi, après le film, l’adulte interroge les enfants sur les images dont ils se souviennent. Elles sont évidemment liées à des émotions : « J’ai eu peur. », « C’était rigolo ! », etc.

Il explique que le plaisir du cinéma, c’est de ressentir des émotions aussi « vraies » que celles éprouvées dans la vie réelle, mais en sachant que c’est faux. Il explique aussi qu'il y a des émotions communes, éprouvées tous ensemble devant le film, mais aussi d'autres très personnelles. C'est normal parce que nous sommes tous différents.

Il dit enfin qu'il y a des émotions qu'on a envie de partager, et d'autres qu'on a envie de garder pour soi : chacun a son « jardin secret ».

Après le film : poser des repères narratifs

Devant un écran, on est dans un éternel présent. Seul compte le plaisir qu'on prend à chaque instant à ce qu'on regarde. C'est normal : les écrans suscitent essentiellement l’intelligence visuelle et spatiale. Mais après le film, il est important de construire des repères narratifs. Pour permettre à l'enfant de commencer à se situer dans le temps.

Pour cela, l’adulte demande de quelle image les enfants se souviennent. Puis il demande : « et après, qu’est-ce qui s’est passé ? » « Et après ? » (ou « et avant ? »)

Puis il résume, par exemple dans Qui saigne ? : « L’oiseau reçoit un coup de marteau sur son bec, et après il est soigné, etc. ».

Avant et après le film : expliquer que les images sont des illusions produites par des machines

L'enseignant peut s'aider du livret éducatif, Les écrans, le cerveau… et l'enfant, réalisé par La Main à la pâte, Éditions Le Pommier.

Les planches d'illustrations

Par Dewi Noiry, sur une idée originale de Serge Tisseron

Ressources

Bibliographie

Tisseron Serge, 3-6-9-12. Apprivoiser les écrans et grandir, Toulouse, Éditions Érès, 2013.

Tisseron Serge et Stiegler Bernard, Faut-il interdire les écrans aux enfants ? Paris, Éditions Mordicus, 2009.

Tisseron Serge, Les dangers de la télé pour les bébés, Toulouse, Éditions Érès, 2009.

Tisseron Serge, Manuel à l’usage des parents dont les enfants regardent trop la télévision, Paris, Bayard, 2004.

Marcadé Nicolas et Costello Jef (dir.), Premières séances, 100 films pour les 3-6 ans, Paris, Les Fiches du Cinéma, 2013.

Pasquinelli Elena, Zimmerman Gabrielle, Descamps-Latscha Béatrice et Bernard Anne, Les écrans, le cerveau... et l’enfant, Paris, Éditions Le Pommier, 2013.

Bourcier Sylvie, L’enfant et les écrans, Paris, Éditions du CHU Sainte-Justine, 2010.

Sitographie

- Lecture sur écran, lecture sur papier, quelles différences ? Quel impact sur l’intelligence et la culture ?
eduscol.education.fr/numerique/dossier/lectures/lecture-sur-ecran

- Conférence de Philippe Meirieu, Professeur des universités, directeur de Cap Canal sur l’audiovisuel et l’éducation
www.cndp.fr/crdp-dijon/Audiovisuel-et-education-quelles.html

- Que devient la lecture sur un écran ? Un livre numérique est-il encore un livre ?
www.cndp.fr/savoirscdi/centre-de-ressources/reflexion-la-politique-dacquisition/la-numerisation-du-patrimoine-litteraire.html

- Sur le thème de la culture des écrans et des écrits :
www.cndp.fr/crdp-lyon/-animations-pedagogiques-.html